Politique des limites, limites de la politique. La place du droit dans la pensée de Hannah Arendt

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Vincent Lefebve, Politique des limites, limites de la politique. La place du droit dans la pensée de Hannah Arendt, Bruxelles, Editions de l’ULB, 2016.

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Résumé

En forçant un peu le trait, tout se passe comme si les abondantes lectures politiques et morales suscitées par l’œuvre de Hannah Arendt avaient conspiré à masquer sa philosophie du droit. Cet ouvrage s’efforce de rectifier une telle perspective, bien ancrée tant chez les spécialistes de la pensée politique que dans le grand public, en invitant le lecteur à cheminer à travers cette œuvre exigeante afin d’y découvrir une réflexion sur le droit originale.

Le premier versant exploré, qualifié d’objectif et qui correspond à la première partie de l’étude, s’entend d’une analyse minutieuse des modèles que la philosophe s’est attachée à élaborer dans certains de ses livres les plus importants. Ces modèles ont en commun de renvoyer à des situations historiques exceptionnelles ayant mené soit à un enrichissement de notre conception et de notre expérience du lien entre droit et politique (l’Antiquité grecque et romaine, la Révolution américaine), soit à la destruction pure et simple de ces deux champs de l’activité humaine (le totalitarisme).

Dans la seconde partie de l’ouvrage, la focale se déplace en direction du pôle subjectif de l’œuvre étudiée. Vincent Lefebve y montre de quelle façon Arendt s’emploie à redéfinir les figures centrales de notre pensée politico-juridique que sont le sujet de droit, le juge et le citoyen à partir d’une observation attentive de situations existentielles limites, comme la crise des réfugiés et apatrides de l’entre-deux-guerres. Sont mobilisés, dans le cours de cette investigation, des thèmes aussi variés que les droits de l’homme, la justice pénale internationale, la portée politique du jugement ou encore la désobéissance civile.

Ces deux versants – objectif et subjectif – dessinent ensemble une conception inédite de l’articulation entre droit et politique qui n’implique ni une confusion entre ces deux sphères, ni la subordination de l’une à l’autre. Arendt pense la solidarité de principe entre droit et politique, fait du phénomène juridique la condition même de la liberté, ce qui la « contient » au double sens de ce qui la limite et de ce qui lui donne vie.
C’est, en un mot, à la rencontre d’une authentique pensée politique du droit que nous convie ce livre, nous offrant ainsi les clés d’une compréhension nouvelle de diverses thématiques classiques, mais toujours actuelles, qui animent la recherche en philosophie du droit, comme la nature de la loi ou de la constitution, la source de la justice humaine ou encore le fondement de l’obéissance au droit.

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